jeudi 6 avril 2017

Cuba (4) : de Santiago à Baracoa

Lever à l'aube car notre bus de ligne qui rejoint Baracoa part à 8 heures. Après un bon petit déjeuner (pain, gâteau à la farine de maïs, sapote, ananas, papaye, banane, jus de goyave, omelette et café) nos taxis nous embarquent pour la gare routière. L'ambiance est revenue au beau fixe depuis qu'ils ont obtenu satisfaction sur le prix de leurs courses d'hier. 
Notre taxi nous dit que la vie n'est pas facile à Cuba parce que le coût de la nourriture est actuellement très élevé. La nourriture, avec les biens d'équipement et l'habillement sont les postes principaux de dépense des Cubains qui pour beaucoup n'ont pas de voitures et pour qui la santé et l'éducation sont gratuits, et le logement d'un prix fort modique. Il y a beaucoup de chômeurs nous dit-il, et effectivement, on aperçoit le long de la route de très nombreuses personnes en âge de travailler qui ne font rien.
Petit esclandre au départ du bus, le contrôleur ne veut pas que je mette ma petite valise dans la cabine du bus, il exige que je la mette en soute. Du coup ça m'oblige à en sortir l'argent, les jumelles et ma tablette que je ne voudrais pas perdre... Je m'aperçois qu'il a laissé monter une personne avec une petite valise semblable à la mienne ... Comprenne qui pourra.  
Le voyage vers Baracoa dure près de 5 heures. Après avoir traversé d'immenses champs de canne à sucre et de bananeraies,
le bus s'approche d'une petite ville aux maisons pauvres mais dont les rues sont bien entretenues: pas de détritus, des massifs de fleurs bien taillés. Le nom me dit quelque chose: Guantanamo. 
La base américaine, tristement célèbre pour enfermer sans jugement des supposés djihadistes, n'est qu'à quelques kilomètres de là. Mais il est impossible d'y accéder. Cuba considère qu'il s'agit d'une occupation illégale de son territoire par les Etats-unis, à la suite d'un "accord" qui a été imposé à Cuba par les Etats-Unis à la suite de la guerre hispano-américaine de 1898. Les environs de la base américaine sont donc complètement minés. Qui plus est, pendant les années qui ont suivi la prise de pouvoir par les castristes, cette base a été utilisée par la CIA pour fournir un appui aux contre-révolutionnaires ayant pris le maquis à Cuba.
Ensuite, la route longe la Mer des Caraïbes avant de s'élever dans la chaîne de montagnes qui sépare le nord du sud de l'île de Cuba. Notre bus chinois Yutong peine ...
Les traces de l'ouragan Matthew qui s'est abattu sur l'Est de Cuba en octobre dernier sont très visibles dans les forêts . Des palmiers ont été littéralement étêtés. D'autres gros arbres sont carrément hachés menus. Il est vrai que ce cyclone est un des plus puissants passés récemment sur Cuba. Un habitant de Baracoa qui voyage dans notre bus nous dit qu'il a duré 6 heures avec des vents de 290 kms/h.
En chemin nous faisons un petit arrêt technique. Dans la maison qui se trouve à proximité, on trouve de très belles fleurs et un beau papillon, 
et on peut acheter un cucurucho, une excellente friandise à base de noix de coco râpée mélangée avec du miel et du jus de fruit, conservée dans une feuille de bananier séchée.
Arrivée à Baracoa situé sur l'Océan Atlantique, face à Haïti. La ville est agréable avec de nombreuses maisons peintes en couleur vive. 
Dans le centre ville, on se déplace en vélo-taxi qui sert aussi éventuellement à transporter un petit cochon grillé !
Dans la région on fabrique du chocolat; l'usine a été inaugurée en 1963 par Che Guevara. 
En nous promenant dans le joli centre-ville bariolé, nous rentrons  à la Casa del Cacao déguster un mélange de chocolat froid avec de l'eau de coco. C'est bon.
La serveuse n'arrête pas de remettre sa minijupe en place, sans se préoccuper des clients ... dans ce restaurant d'Etat, on ne fait pas trop attention aux manières (!) mais les employées sont agréables et serviables.
La terrasse d'un hôtel très chic mais malheureusement presque vide est un point d'observation idéal pour le coucher du soleil.
Nous y prenons un petit mojito avant de descendre manger de la langouste dans un restaurant typique. Pendant que Michèle teste une langouste à l'ail, je déguste une langouste au chocolat . Forcément, Baracoa, c'est le pays du chocolat ! La saveur est étonnante mais pas désagréable.
Nous sommes logés avec Mado et Jean-Paul dans un petit pavillon de plain pied. La chambre est petite mais propre, équipée d'un ventilateur bien utile... La patronne, professeur de géologie à l'Université de Baracoa, est très sympathique et assez jeune. Comme beaucoup de Cubains, elle a un deuxième métier, celui d'hôtesse. Nous décidons de prendre nos repas du soir chez elle. Pour les préparer, elle est entourée de sa mère et d'une employée. Le serveur du dîner est un étudiant en médecine qui termine ses études de stomatologie. Apparemment, la location ne marche pas trop mal car sa maison est équipée de tout le confort. 
La Casa de la Trova qui se trouve dans le centre de Baracoa est toute petite. On y danse accompagné d'orchestres qui jouent des airs de salsa, de rumba ou de changüi-son. Par des fenêtres, on peut apercevoir le spectacle depuis la rue. Certains couples de danseurs font des figures époustouflantes.
Christine y passe la soirée. Ici aussi, elle a retrouvé des copains qu'elle connaît de ses précédents voyages. Cette femme-là, elle a des hommes dans tous les ports! "Les autres danseuses sont des petites jeunes, élèves de cours de salsa, qui viennent s'exercer avec leur professeur", me dit Christine, peut-être un peu jalouse de la qualité de leurs prestations ...

Cuba (3) : Santiago de Cuba, El Cobre

La journée commence par une visite au Cimetière Santa Ifigenia où sont enterrés des personnalités.
A commencer par Fidel Castro, mort il y a 3 mois, dont la tombe est gardée par des militaires en grande tenue, avec relève de la garde au pas de l'oie toutes les demi-heures. On se croirait à Moscou sur la tombe du Soldat Inconnu. 
A proximité, un monument est consacré aux révolutionnaires morts lors de l'attaque de la caserne de la Moncada le 26 juillet 1953, une opération montée par Fidel Castro contre la principale garnison de l'armée du dictateur Batista dans l'Est et qui fut un échec sanglant. Mais, c'est là que commence la saga révolutionnaire de Fidel. Contrairement à la plupart de ses compagnons faits prisonniers par les militaires du dictateur Batista et exécutés sommairement, Fidel, arrêté, fut épargné, probablement parce qu'il bénéficia de l'intercession d'un ecclésiastique ami de son père, le riche propriétaire terrien Angel Castro et de celle de son beau-frère Rafael Diaz-Balart, ministre de l'Intérieur de Batista. Toujours est-il que 80 des 122 assaillants périrent dans cette attaque mal préparée. On reconnaît leurs tombes surmontées d'un drapeau cubain et d'un drapeau du M26/7 (Movimiento de 26 de Julio), le groupe de guerilleros qui avait mené l'attaque.
Le grandiose tombeau de Jose Marti, le poète qui combattit toute sa vie pour l'indépendance de Cuba est particulièrement visité par les enfants des écoles civiles et militaires qui sont présents en nombre.
Un commissaire politique harangue une foule résignée. C'est grand, c'est beau, c'est héroïque, aux dires de ce commissaire politique, mais la foule attend que cette tirade se termine pour aller un peu plus loin.
D'autres célébrités sont enterrées ici, comme Compay Segundo - le grand guitariste et chanteur du Buena Vista Social Club, compositeur de la célèbre chanson Chan Chan - mais ce dernier bénéficie de moins de mansuétude de la part des autorités: il faut demander à une balayeuse où se trouve sa sépulture dont l'emplacement n'est pas indiqué sur le plan des tombes du cimetière.
Visite suivante, le sanctuaire de la Virgen de la Caritad, sainte patronne de Cuba, à El Cobre. 
Le lieu était autrefois entouré de mines de cuivre, maintenant fermées. Le petit village est visiblement très pauvre. Les habitants discutent sur le pas de leurs portes. Quelques-uns essaient de vendre leur maigre production.
D'autres vendent des pieuseries destinées à être offertes dans le sanctuaire. 
Le bâtiment du sanctuaire n'a rien d'exceptionnel. 
Par contre les ex-votos sont originaux: stéthoscopes, soutenances de thèses universitaires, balles et maillots de base-ball. La Vierge d'El Cobre est vraiment multi-cartes !
Je profite de notre après-midi libre pour aller écouter deux groupes de salsa. Il y a des danseurs professionnels mais aussi du populo qui n'hésite pas à se lancer au milieu des chaises …
Puis un petit tour à la Moncada le lieu des exploits des frères Castro. Pas grand chose à voir si ce n'est les trous des balles des assaillants que Fidel Castro a eu soin de faire restaurer. Il n'y en a pas énormément, une centaine peut-être. Ca limite un peu l'importance de cet acte héroïque.
En revenant à pied, je peux observer les grands portraits des chefs de la Révolution placés sur les bâtiments publics ou sur des panneaux publicitaires.

Camilo Cienfuegos, "Señor de la Vanguardia", mort dans un accident d'avion quelques mois après la prise du pouvoir. On dit qu'il n'était pas en phase avec Fidel Castro à propos de l'évolution de la Révolution Cubaine vers le communisme. Il était sans doute le plus populaire des Commandantes. 
Les frères Fidel et Raul Castro Ruz
En fin d'après-midi, Christine a organisé un convoi de taxis pour aller admirer le fort de San Pedro de la Rocca del Morro qui contrôle l'entrée de la baie de Santiago de Cuba. Très moyennement intéressant même si la soirée se termine par un coup de canon tiré par des soldats en uniforme de mambis, ces guerriers de l'indépendance cubaine face aux Espagnols. 
En rentrant, le groupe a des discussions sans fin sur ce que nous devons à nos taxis. Ceux-ci réclament 25 CUC (euros) par taxi, mais des membres de notre groupe ont entendu Christine parler de 8 euros. Finalement il s'avère que c'est notre accompagnatrice qui n'a pas été très précise. Ça commence à faire beaucoup en 2 jours ... A part ça, elle file le grand amour avec son grand rasta qui nous accompagne maintenant partout.
Christine va se rattraper en organisant une visite - que je lui avais suggérée après avoir lu mon guide - à un groupe de tumba francesa. Voilà une danse originale. C'est un curieux mélange de menuet dansé par des Noirs en habit de cour du XVIIIème Siècle sur des rythmes de tambours africains. Très anachronique. Il ne reste à Cuba plus que 3 groupes de tumba francesa en activité. Son origine vient d'Haïti qui fut autrefois une colonie française. Après l'abolition de l'esclavage sous la Révolution Française, puis la proclamation de l'indépendance de Haïti en 1804, les colons français ont quitté leur île pour Cuba accompagnés par leurs esclaves. Ces derniers ont alors continué à pratiquer cette danse inspirée de celles de leurs maîtres.
Je n'ai rien mangé depuis le petit déjeuner alors un dîner au restaurant s'impose. Vu l'heure, il n'y a pas trop le choix. Nous rentrons dans un restaurant d'Etat. Les murs sont couverts de slogans dont celui-ci: Félicitations aux travailleurs du commerce et de la gastronomie. 
Une entrée en matière engageante qui vaut sans doute une bonne note à Trip Advisor ...mais la réalité est moins glorieuse. A la carte uniquement des plats de spaghettis et des petites pizzas à pâte épaisse, à la mode américaine. Et encore, dans le menu long comme le bras, il n'y a pratiquement rien de disponible. Quant au goût, n'en parlons pas! Je me demande comment on peut rater des spaghettis. La preuve est faite que c'est possible ... Cela fait très longtemps que je n'avais mangé aussi mal. En partant, je rigole - c'est tout ce qu'on peut faire - en pensant que j'aurais dû demander à la serveuse de transmettre nos félicitations à ces glorieux "travailleurs de la gastronomie" !