mardi 8 mars 2016

Inde (41) : Uttar Pradesh, la Forteresse de Sikri et le Fort Rouge d'Agra


Notre étape du jour: Jaipur - Agra. La circulation est déjà intense à cette heure matinale de la journée.
Comme souvent le matin, on passe devant des rassemblements d'ouvriers qui attendent un travail à la journée. Il y a beaucoup de chômage en Inde, par suite de la crise économique qui sévit ici comme ailleurs.
On voit aussi des femmes "agents d'entretien de rue" - autrement dit, des balayeuses - qui agitent leurs balais pour repousser un peu plus loin des tas d'immondices qu'un camion-benne viendra charger un peu plus tard ... ou pas.
Nous quittons  rapidement le Rajasthan pour pénétrer en Uttar Pradesh. La route d'Agra est une grande route en bon état, mais il ne faut pourtant pas trop compter là dessus pour aller très vite. Les 200 kilomètres ne seront franchis qu'en 4 heures parce qu'il y a beaucoup de camions autour desquels il faut slalomer en permanence.
La région est riche en cultures, avec du blé, du colza et des cultures maraîchères. On y produit aussi des galettes de bouses de vache séchées. Il y en a partout en train de sécher les unes sur les autres,
De nombreuses briqueteries avec leurs grandes cheminées qui fument. Les briques sont étalées par terre par rangées, en train de sécher au soleil.
Fathepur-Sikri, fondée par l'Empereur Moghol Akbar, fut la capitale de son Empire entre 1571 et 1584 seulement. Akbar avait choisi cet endroit parce que ses visites à l'ermite soufi Salim Chishti qui vivait ici et dont il recherchait les bénédictions, portèrent leur fruit ... il eut bientôt le fils qu'il attendait,  Jahangir! Il parait qu'Akbar avait des femmes de toutes les religions, musulmanes, hindoues et chrétiennes .... On dit que la mère de Jahangir, son fils et successeur, était une chrétienne appelée Maryam (Marie), peut-être d'origine portugaise (de Goa ?).
Le Pavillon de la Sultane Turque
La Forteresse de Sikri, toute en grès rouge, est dans un état de conservation exceptionnel. On peut admirer des éléments d'architecture d'origine musulmane. En effet, aux XVIeme et XVIIème Siècles, l'Inde du Nord a été sous la domination des Moghols musulmans dont l'origine était l'Afghanistan et au delà, la Perse et l'Ouzbékistan. Deux siècles avant, Timur - celui que nous connaissons sous le nom de Tamerlan, un guerrier turco-mongol islamisé - l'ancêtre des Empereurs Moghols, avait conquis une grande partie de l'Asie Centrale.

Le Diwan-i-Khas, salle d'audience privée
Akbar, dit-on, jouait au pachisi (un jeu de petits chevaux) dans la cour du même nom, avec ses femmes comme pièces de jeu. Akbar en avait 5000, alors il n'en manquait pas.; la compétition devait être féroce !
La Cour du pachisi
Le Panch Mahal, la Tour des Vents, là où les femmes d'Akbar savouraient l'air du soir
Un fragment de peinture qui date d'il y a plus de 400 ans
Un système de récupération et distribution des eaux avait été mis en place ici parce que l'eau était très rare à cet endroit. C'est une raison qui explique que le site de Sikri fut rapidement abandonné et devint ensuite une ville fantôme jusqu'au XXeme Siècle.
L'Anoop Talao, ou étang
Une des portes d'entrée de la forteresse, la Porte des Eléphants, avec vue sur la plaine en contrebas
C'est l'heure de la grande prière du vendredi à la Jama Masjid, la Mosquée de Sikri. Son architecture rappelle celle des mosquées et des madrasas - écoles coraniques - de Samarcande et Boukhara. 
 Le tombeau blanc du mystique soufi Salim Chishti. Ses bénédictions sont toujours recherchées par les femmes sans enfant ...
Un beau jali (grille de pierre)
Arrivés à Agra, là où se trouve le Taj Mahal. Mais, ce soir on visite uniquement le Fort Rouge. Là aussi, on observe un mélange des styles musulman et hindou ... et même chrétien nous dit le guide (je ne sais pas ce qu'il entend par là).
Le fort a été construit en plusieurs étapes. Il a donc différents styles, à commencer par celui de la Forteresse de Sikri, en grès rouge. D'autres bâtiments ont été construits en marbre blanc, tout comme le Taj Mahal.
Au loin, la silhouette majestueuse du Taj Mahal se dégage de la ligne de fortification du Fort Rouge. 
Nous sommes dans un cadre exceptionnel. L'intérieur du fort est absolument immense et le gouvernement indien en a récupéré une partie pour son armée et son administration. Très belles vues depuis les salles en marbre du haut des fortifications.
De retour au bus, Gurjeet nous paye l'apéro. Il a acheté du rhum avec du coca et des petits biscuits salés pour fêter notre départ. C'est une attention très sympathique. Nous trinquons dans le bus car il n'a pas le droit d'apporter de l'alcool dans l'enceinte de l'hôtel.
Dîner tardif car le service est lent, mais très très lent ! Demain nous devrons nous lever très tôt pour aller admirer le lever du soleil sur le Taj Mahal, la septième merveille du monde !

lundi 7 mars 2016

Inde (40) : Rajasthan, Jaipur

Notre dernière journée "calme" avant de rentrer. Rien de tel pour se détendre que de charmer un cobra ...
Nous restons à Jaipur pour visiter les principaux monuments de la ville. On commence par la visite de l'extérieur du Palais des Vents, construit par un Maharaja en 1799 pour permette aux femmes de son harem d'observer le spectacle de la rue et les processions, sans qu'elle soient observées évidemment.  Elles devaient être nombreuses vue la taille de l'édifice ! Un des étages était réservé aux souverains. 
Le City Palace est un impressionnant complexe de cours, jardins et bâtiments qui s'étend en plein cœur de la vieille ville. C'est un mélange d'architecture moghole (musulmane) et rajpute. On reconnaît d'ailleurs le style qui ressemble à celui de certains monuments de Samarcande. Les Moghols venaient d'Afghanistan et d'Ouzbekistan. Leur dynastie était apparentée à celle de Tamerlan.
D'immenses jarres en argent sont exposées dans le Hall des Audiences. Elles ont été utilisées pendant la visite en Angleterre du Maharaja Madho Singh II (oui un Mado !) en 1901-1902 . Comme il ne voulait pas utiliser l'eau de la Tamise, il avait fait transporter avec lui ces jarres remplies d'eau du Gange.
 La partie privée du Palais -le Palais de la Lune - abrite toujours la famille royale.
 La Salle du Trône. Le deuxième siège n'est pas pour la femme du Maharaja, mais pour l'invité !
Le musée recèle une magnifique collection de miniatures avec différents thèmes aussi bien religieux que profanes. Le Maharaja en aurait fait cacher une partie au cas où le Grand Moghol en aurait ordonné la destruction.
Les amants
Shiva en bataille
On expose aussi de belles carosseries
Il y a aussi un musée des armes (avec d'énormes arquebuses et des poignards-ciseaux à découper les boyaux). On peut aussi voir les habits démesurés du Maharaja Madho Sing I (encore un Mado !) qui mesurait paraît-il 2 m de haut, 1,2 m de large et pesait 250 kgs. 
Jaipur est aussi célèbre par son observatoire, le Jantar Mantar (le deuxième d'Inde après celui de Delhi) construit au XVIIIeme Siècle par Jai Singh II  le roi astronome. C'était le père du précédent - le gros -.
De multiples pièces permettent d'observer le mouvement des planètes et des étoiles, de calculer l'heure solaire, et de procéder aux calculs astrologiques essentiels pour les Hindous.
Près du Palais de l'Eau, on tombe sur des éléphants décorés qui reviennent du Fort d'Amber. Ils sont majestueux et semblent fort bien s'accommoder de la pollution qui envahit les voies de circulation, vue la densité du trafic automobile.
Déjeuner agréable sur l'herbe, à l'ombre de grands arbres. Bien que ce soit un restaurant pour touristes, on y mange fort bien. Moi je pends du chicken curry kashmiri. Très agréable. Puis Padam nous emmène dans un magasin de bijoux. Il y a un atelier où on taille les pierres précieuses.
Le patron s'y connaît puisqu'il arrive à reconnaître la pierre de Michèle, une tanzanite. Du coup, cela nous rend confiant et on finit par lui acheter des pierres assorties qu'il doit monter en boucles d'oreille. Après marchandage, le prix passe de 256 euros à 160. Autant je déteste qu'on "casse les prix" à l'égard d'un petit artisan qui vit chichement de son travail, autant je n'ai aucun scrupule à obtenir une ristourne importante quand il s'agit d'un commerçant qui, de toute évidence, gagne fort bien sa vie ... Comme il y a du travail à faire, il ne nous livrera que demain matin 7h30 à notre hôtel ! Du travail de nuit en perspective pour l'atelier de bijouterie !
 Scènes de rue à Jaipur
 Le couturier
 Le réparateur de vélos
 Le vendeur de beignets
 On verse aussi la sauce dans le papier journal !
Un puits en pleine rue
 Le vendeur de chapeaux rajputes
Ce soir, nous allons au cinéma, le Raj Mandir. Il parait que c'est le plus grand cinéma d'Inde. 
C'est un spectacle en soi que de voir le public indien manger des pops corns, les enfants jouer dans les allées, les hommes répondre au téléphone portable en pleine projection.
Le thème du film intitulé Airlift est dramatique, alors l'heure n'est pas aux débordements de joie. L'intrigue se passe au moment de la première Guerre du Golfe, lorsque les troupes de Saddam Hussein occupent le Koweit; un Indien y travaillant entreprend d'organiser l'évacuation de toute la communauté indienne. De nombreux rebondissements permettent d'entrecouper les séquences tristes avec des musiques indiennes entraînantes de Bollywood, comme d'habitude ...
En rentrant à l'hôtel, on croise un mariage: éléphant, dromadaires et chevaux décorés, le marié sur son beau destrier blanc, accompagné par des porteurs de lampes. L'ensemble est joli.
Une immense espace est prévu pour recevoir les milliers d'invités. Padam nous dit qu'un mariage de ce style peut coûter jusqu'à 20 000 euros.