jeudi 3 avril 2014

Périple en Amérique Latine (31) : Punta Arenas (28 janvier 2014)

Un mois que nous sommes partis de Pau ! Que le temps passe vite ! C'est notre dernier jour en Patagonie, passé à Punta Arenas, la capitale de la XIIème Région chilienne, Magallanes. Alors, le programme est très chargé.
On commence par une petite visite au cimetière de Punta Arenas, un des plus extraordinaires d'Amérique Latine dit notre guide Lonely Planet. Et de fait, c'est une visite très intéressante. Ça commence par les tombes des gens ordinaires entassés dans des sortes de HLM à étage !
puis ce sont les tombes plus anciennes des immigrants de tous les pays arrivés ici à la fin du XIXème Siècle : Croates - qui ont formé jusqu'à 40% de la population de Punta Arenas -, Allemands, Suisses, Italiens, Anglais, Écossais, Irlandais, Français, ...
Certains ont très bien réussi comme ces barons de la laine (entre autres un certain José Menendez), 
d'autres sont restés d'illustres inconnus avec des tombes plus que modestes.
Mais toutes sont fleuries avec des fleurs artificielles à foison ...
Un petit monument est dédié à l'Indien inconnu, victime de la colonisation. Maintenant qu'il n'y a plus aucun Indien dans la région, il est honoré et on lui prête des pouvoirs de guérison miraculeuse. Curieuse sensation, malaise ...
Nous partons ensuite pour Seno Otway Pingüinera, un site où une colonie de 10 000 manchots de Magellan est installée pendant l'été.
Ils sont de taille moyenne et vivent en couples qui ne se séparent jamais. Tous les ans, ils quittent les eaux du Brésil où ils habitent de mars à septembre pour les eaux plus fraîches du Détroit de Magellan où ils vont pondre et élever leurs petits. Papa et maman se font régulièrement des bises ! Très drôle.
Un petit tour en ville. Sur la place centrale, le baron de la laine José Menendez a fait ériger en 1920, à ses frais, une immense statue à la gloire de Magellan pour les 400 ans de la découverte du Détroit permettant de passer de l'Atlantique au Pacifique.
Une réplique de la Nao Victoria, le bateau de Magellan
Au bord du Détroit, je peux me livrer à mon sport favori, collecter un peu de sable pour ma collection, sous le regard d'une colonie de cormorans impériaux.
Un peu plus loin, "on m'oblige" - gentiment - à signer sur un panneau pour souhaiter "Bonne chance" à l'équipe de foot du Chili qui va participer à la Coupe du Monde en juin au Brésil. J'aurais bien aimé écrire "Bonne chance à l'Equipe de France" mais j'ai eu peur du ridicule !
Le Musée Régional Salésien, très intéressant, a été créé à partir d'objets, de photos et de récits mettant en scène d'anciennes tribus indiennes de la région, toutes disparues aujourd'hui.
Le rôle positif des missionnaires salésiens est évidemment mis en avant ; ces religieux ont essayé, sans doute sans arrière-pensée, de sauvegarder ce qu'ils pensaient être acceptable dans ces cultures différentes, d'évangéliser les Indiens et de les "occidentaliser" en les habillant comme des Européens, en leur inculquant les valeurs du commerce, en leur apprenant les petits métiers du sous-prolétariat : fileuse, cuisinière, femme de ménage pour les femmes, gardien de troupeaux pour les hommes.
Ce fut un échec complet et les Salésiens ne purent empêcher les massacres et les expulsions des Indiens par les colons qui comptaient bien s'enrichir très vite et ne pas s'embarrasser de ces gêneurs. Cette histoire est finalement celle de beaucoup de colonisations, mais poussée ici jusqu'à sa caricature, dans son horreur absolue: le génocide, l'élimination totale des autochtones. Au passage, l'image de Darwin qui passa dans la région vers 1830 est sérieusement écornée : il est rappelé qu'il a écrit dans son récit de son voyage sur le Beagle des choses terribles sur ces "cannibales"; il ne faisait que reprendre l'opinion de l'immense majorité des immigrants européens, à l'exception notable des curés salésiens qui ne réussirent pas à imposer leur point de vue. Sans doute pas mécontents, ces Salésiens, de donner le coup de pied de l'âne à celui qui, sacrilège, laissa penser que l'homme descendait du singe !
L'église voisine porte une inscription très étonnante : "Visiter ce sanctuaire donne droit à une indulgence plénière une fois par jour" .
Ce sont des choses qu'on ne voit plus chez nous ... et qu'on devrait peut-être remettre au goût du jour. Il y aurait peut-être plus de monde dans les églises !

Celui qui n'a pas beaucoup d'indulgence aujourd'hui, c'est Evo Morales, le Président de la Bolivie. Voyant que le Pérou a obtenu satisfaction contre le Chili devant la Cour de Justice Internationale, il a décidé d'y recourir lui aussi contre le Chili pour obtenir un droit d'accès à la mer, accès perdu en 1884 après que la Bolivie ait été vaincue dans la Guerre du Pacifique ! Mais, ce recours ne sera pas déposé avant avril. On souffle. Nous devrions bientôt franchir la frontière bolivo-chilienne. Alors, tant qu'à faire, que ce soit dans le calme !

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