jeudi 6 avril 2017

Cuba (3) : Santiago de Cuba, El Cobre

La journée commence par une visite au Cimetière Santa Ifigenia où sont enterrés des personnalités.
A commencer par Fidel Castro, mort il y a 3 mois, dont la tombe est gardée par des militaires en grande tenue, avec relève de la garde au pas de l'oie toutes les demi-heures. On se croirait à Moscou sur la tombe du Soldat Inconnu. 
A proximité, un monument est consacré aux révolutionnaires morts lors de l'attaque de la caserne de la Moncada le 26 juillet 1953, une opération montée par Fidel Castro contre la principale garnison de l'armée du dictateur Batista dans l'Est et qui fut un échec sanglant. Mais, c'est là que commence la saga révolutionnaire de Fidel. Contrairement à la plupart de ses compagnons faits prisonniers par les militaires du dictateur Batista et exécutés sommairement, Fidel, arrêté, fut épargné, probablement parce qu'il bénéficia de l'intercession d'un ecclésiastique ami de son père, le riche propriétaire terrien Angel Castro et de celle de son beau-frère Rafael Diaz-Balart, ministre de l'Intérieur de Batista. Toujours est-il que 80 des 122 assaillants périrent dans cette attaque mal préparée. On reconnaît leurs tombes surmontées d'un drapeau cubain et d'un drapeau du M26/7 (Movimiento de 26 de Julio), le groupe de guerilleros qui avait mené l'attaque.
Le grandiose tombeau de Jose Marti, le poète qui combattit toute sa vie pour l'indépendance de Cuba est particulièrement visité par les enfants des écoles civiles et militaires qui sont présents en nombre.
Un commissaire politique harangue une foule résignée. C'est grand, c'est beau, c'est héroïque, aux dires de ce commissaire politique, mais la foule attend que cette tirade se termine pour aller un peu plus loin.
D'autres célébrités sont enterrées ici, comme Compay Segundo - le grand guitariste et chanteur du Buena Vista Social Club, compositeur de la célèbre chanson Chan Chan - mais ce dernier bénéficie de moins de mansuétude de la part des autorités: il faut demander à une balayeuse où se trouve sa sépulture dont l'emplacement n'est pas indiqué sur le plan des tombes du cimetière.
Visite suivante, le sanctuaire de la Virgen de la Caritad, sainte patronne de Cuba, à El Cobre. 
Le lieu était autrefois entouré de mines de cuivre, maintenant fermées. Le petit village est visiblement très pauvre. Les habitants discutent sur le pas de leurs portes. Quelques-uns essaient de vendre leur maigre production.
D'autres vendent des pieuseries destinées à être offertes dans le sanctuaire. 
Le bâtiment du sanctuaire n'a rien d'exceptionnel. 
Par contre les ex-votos sont originaux: stéthoscopes, soutenances de thèses universitaires, balles et maillots de base-ball. La Vierge d'El Cobre est vraiment multi-cartes !
Je profite de notre après-midi libre pour aller écouter deux groupes de salsa. Il y a des danseurs professionnels mais aussi du populo qui n'hésite pas à se lancer au milieu des chaises …
Puis un petit tour à la Moncada le lieu des exploits des frères Castro. Pas grand chose à voir si ce n'est les trous des balles des assaillants que Fidel Castro a eu soin de faire restaurer. Il n'y en a pas énormément, une centaine peut-être. Ca limite un peu l'importance de cet acte héroïque.
En revenant à pied, je peux observer les grands portraits des chefs de la Révolution placés sur les bâtiments publics ou sur des panneaux publicitaires.

Camilo Cienfuegos, "Señor de la Vanguardia", mort dans un accident d'avion quelques mois après la prise du pouvoir. On dit qu'il n'était pas en phase avec Fidel Castro à propos de l'évolution de la Révolution Cubaine vers le communisme. Il était sans doute le plus populaire des Commandantes. 
Les frères Fidel et Raul Castro Ruz
En fin d'après-midi, Christine a organisé un convoi de taxis pour aller admirer le fort de San Pedro de la Rocca del Morro qui contrôle l'entrée de la baie de Santiago de Cuba. Très moyennement intéressant même si la soirée se termine par un coup de canon tiré par des soldats en uniforme de mambis, ces guerriers de l'indépendance cubaine face aux Espagnols. 
En rentrant, le groupe a des discussions sans fin sur ce que nous devons à nos taxis. Ceux-ci réclament 25 CUC (euros) par taxi, mais des membres de notre groupe ont entendu Christine parler de 8 euros. Finalement il s'avère que c'est notre accompagnatrice qui n'a pas été très précise. Ça commence à faire beaucoup en 2 jours ... A part ça, elle file le grand amour avec son grand rasta qui nous accompagne maintenant partout.
Christine va se rattraper en organisant une visite - que je lui avais suggérée après avoir lu mon guide - à un groupe de tumba francesa. Voilà une danse originale. C'est un curieux mélange de menuet dansé par des Noirs en habit de cour du XVIIIème Siècle sur des rythmes de tambours africains. Très anachronique. Il ne reste à Cuba plus que 3 groupes de tumba francesa en activité. Son origine vient d'Haïti qui fut autrefois une colonie française. Après l'abolition de l'esclavage sous la Révolution Française, puis la proclamation de l'indépendance de Haïti en 1804, les colons français ont quitté leur île pour Cuba accompagnés par leurs esclaves. Ces derniers ont alors continué à pratiquer cette danse inspirée de celles de leurs maîtres.
Je n'ai rien mangé depuis le petit déjeuner alors un dîner au restaurant s'impose. Vu l'heure, il n'y a pas trop le choix. Nous rentrons dans un restaurant d'Etat. Les murs sont couverts de slogans dont celui-ci: Félicitations aux travailleurs du commerce et de la gastronomie. 
Une entrée en matière engageante qui vaut sans doute une bonne note à Trip Advisor ...mais la réalité est moins glorieuse. A la carte uniquement des plats de spaghettis et des petites pizzas à pâte épaisse, à la mode américaine. Et encore, dans le menu long comme le bras, il n'y a pratiquement rien de disponible. Quant au goût, n'en parlons pas! Je me demande comment on peut rater des spaghettis. La preuve est faite que c'est possible ... Cela fait très longtemps que je n'avais mangé aussi mal. En partant, je rigole - c'est tout ce qu'on peut faire - en pensant que j'aurais dû demander à la serveuse de transmettre nos félicitations à ces glorieux "travailleurs de la gastronomie" !

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